vendredi 28 décembre 2012

Speck - Harmonia (ECHT01 - Echotourist) 2012



Le grand frisson. Harmonia, un disque à double tranchants, aux bords affûtés comme des rasoirs, et parfois même déchirant. Cette intrigante sensation de froid intense que l'on ressent lorsque l'on se brûle la main, sorte de douleur aiguë qui nous fait réagir au quart de tour. Harmonia, c'est un peu tout ça. Surprenant, éreintant, beau, effrayant, les qualificatifs ne manquent pas, à défaut d'informations sur le producteur en question. 4 albums à son actif, quelques EP parus sur GV Sound et un You Are Alone, sorte de mélange entre Klaus Schultz et Gas 0095, donc sensiblement différent de l'album dont nous nous soucions aujourd'hui. Nous n'en savons pas plus.

Somptueux face à face musclé entre la Belle et la Bête, scène de ménage à coup de jet de porcelaines, Harmonia (Hymn #0) se tient tel un animal aveugle et blessé, qui s'agite dans le vide comme pour se défendre, usant ses forces à petit feu. À ses côtés, elle se raille, en silence, lui laissant le soin de s'affaiblir par lui même. Emporté par sa force, il s'épuise. Genoux à terre, il se laisse finalement tomber de tout son poids. Elle, au piano, est toujours là. Ses gestes, minimes, sa présence, quasi indétectable, font redescendre lentement le conflit. Pour quelques instants seulement, avec l'entrée en jeu de Kismet, assez différent et même carrément perturbant pour ne rien vous cacher. Pas plus de quelques secondes après son lancement, on en prend plein la tronche. Ce noise là est violent, virulent, bouillonnant. Les stridences en deviennent presque malaisantes, nous sommes faces à une sorte de ballet de cétacés mécaniques aux cris larmoyants et plaintifs, un immense cri de détresse. En somme totalement terrifiant, tout autant que Find Me Find Me, raz de marée corrosif à l'intitulé probablement ironique. Car au milieu de ce vacarme sans nom, distinguer les éléments n'est pas chose aisée. Écorces, branches entières, sable et même roches se voient emportés par ce déferlement de colère. Hors de question de lutter. Ah? La tornade semble s'être éloignée, nous y voyons désormais plus clair. Nous l'avons trouvé.

Gardez l'excellent Hymn#0 en tête, car la seconde partie est encore meilleure, et qui plus est un putain de chef d'oeuvre. Même en fin d'album le type parvient à nous surprendre. Mélange détonant entre l'abrasion d'Hymn#0 et l'émotion de Kismet, Harmonia (Hymn#1) est sans contester LE morceau par excellence. 9 minutes susceptibles de faire aimer un album entier... Rarement la claque aura été si violente. La trace de main sur la joue risque de rester un bon moment. Rien de bien original compte tenu des pistes précédentes pourtant, mais là impossible de rester insensible face à un engin pareil, ça impose le respect tout simplement.

Echotourist n'avait pas trop de soucis à se faire en misant sur Harmonia pour lancer sa première release. Départ réussi, et prions pour que Speck réitère. Je ne suis pas fanatique des notations d'albums, mais là difficile de mettre en dessous de 9/10, l'album est superbe... Et en téléchargement gratuit!

HAVE FAITH


dimanche 23 décembre 2012

Oneirogen - Hypnos (DEN144 - Denovali) 2012



Oneirogen déploie son univers, la fin d'un règne, un nouveau jour veut se lever. Et c'est au coeur d'une nature apprivoisée que le sifflement des feuilles, le souffle du vent rendent sa vitalité au lieu. Ce dernier, sombre et déchirant, pleinement atemporel, jonché de végétaux s'agitant dans un brouhaha intense. Des effets de reverbes aux angles bien taillés vous font perdre lentement tout repère spatial. Une seconde piste, Consumed, apparaît alors comme un bouleversement. Un bruit mécanique, sourd, puissant s'impose au paysage enchanteresque évoluant sous le poids de cette ambiance décadente. La nature peine à se faire entendre sous l'importance de ces distorsions. Le ciel se fissure de part et d'autre, jusqu'à entendre les échos des plaintes brutales de ces spectres partiellement rematérialisés, qui hurlent de douleur, rejetés du monde des vivants et de la nature elle même, qui veut nier leur retour impromptu.

L'intervention de Hypnocaust est une aura sinistre émanant de leurs restes osseux, poussiéreux tombés du ciel, s'abattant au sol dans un fracas morbide, semblable à l'éveil d'un géant désarticulé. Ces damnés des cieux, criards impitoyables pour l'oreille humaine, viennent finalement s'échouer tout près de vous. Panique et frayeur sont instaurées par ces échos stridents, c'est le visage de la mort elle même qui vous fixe, frisson intense. Cette forêt n'a plus rien de bénéfique, tout n'est que décharné, ombres morbides, puanteur prononcée. Un crissement horrifique persistant, puissant, avec son identité propre, froide et intense.

Cinerum est un apaisement, un épais brouillard souhaitant voiler cet horrifiant spectacle, jusqu'à n'en plus voir l'issu. Les plaintes, fracas, ne sont plus que bruissements funestes, labeurs du fossoyeur. Les ondulations bien moins cassantes, semblent nous porter sur une étendue d'eau. La souillure se détache peu à peu de ce lieu, maudit des damnés, une nouvelle ère veut s'imposer. Sûrement la plus forte représentation des ténèbres dans le coeur d'un homme, Kukulkan par ces quelques accords de guitare, virant à un métal quasi démonique, est le schéma parfait de la conversion aux voies obscures. La haine maîtrisée, l'empreinte de la terreur elle même. Dissolution est l'achèvement de ce périple. Le titre nous plonge dans une métastase ou sorte d'examen introspectif, à l'issue duquel il sera décidé la voie à emprunter.

Une expérience quasi extra-sensorielle, d'une violence rare, appuyée par des sonorités lourdes, pesantes, déchirantes, déchiquetées, de laquelle vous ressortez complètement apeurés, psychologiquement stigmatisés. Une incitation à méditer jusqu'à notre condition humaine, que ces précieux morceaux d'Hypnos nous livrent sous l'égide du compositeur, multi-instrumentiste Mario Diaz de Leon/Oneirogen, via la structure Denovali qu'il est inutile de présenter.
Grand.

Have Faith!
- Trebmal -



Une partie de l'album en écoute:

mercredi 19 décembre 2012

Brume / Oublier Et Mourir - A year to live (Stx024 - Silken Tofu) 2012


Une année de plus à vivre deux jours avant " l'attendu " 21 décembre 2012, de quoi redonner du baume au coeur à tout ceux qui sont rongés par le doute (et dommage pour ceux et celles qui pensaient enfin en finir).

Comme bien souvent, c'est l'artwork qui intrigue et nous accroche. Lorsque le reste est à la hauteur, c'est carton plein. Image aux contrastes forts et aux détails à peine perceptibles, entre lumière naturelle et vie plongée dans l'obscurité, deux portraits qui s'effleurent et se confondent avec délicatesse. La mise au point est faite tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre. Ou lorsqu'ils s'accordent, sur les deux. D'un côté, l'un des français les plus prolifiques depuis le milieu des années 80, Christian Renou/Brume, associé à Stephan Hanser/Oublier et Mourir (Anemone Tube,  Hartsoeker...) qui signe sa première release sous cet alter ego

L'aurore pointe le bout de son nez, et les premiers rayons de soleil nappent le paysage. Une renaissance, un renouveau, guidé par des nappes aériennes et statiques qui réchauffent lentement l'organisme. Tout est temporaire, prédestiné à ne plus "être" un jour ou l'autre. Une notion temporelle mise en exergue, cette plante que la vie semble commencer à abandonner, courbant lentement ses tiges vers le sol, et cette lueur qui se renouvelle à cycle régulier. "A new thought is born, another will rise". À défaut d'un jeu noir/blanc catégorique, optons plutôt pour une gamme grisâtre, même sépia, pour une fois de plus rimer avec cette cover si troublante. La seconde piste joue sur ce constat, car malgré son caractère cristallin et étincelant dégagé pas les claviers, l'écoute laisse derrière elle un sentiment de mélancolie qui transperce la première partie du split (première partie, j'insiste). D'une grande pudeur, les titres insinuent, ne dévoilent pas réellement. Oublier et mourir en est surement la meilleure preuve. Les variations harmoniques sont subtiles, épongées par des nappes légères et discontinues. Le meilleur passage étant sur la fin, quelques notes sucrées viennent s'émanciper à travers le brouillard. Creshendo émotionnel, final hallucinant d'un raffinement exceptionnel, qui débouche sur le titre éponyme.

Cette fois, les deux hommes sont réunis. On entre alors dans une phase bien différente. Peut-être plus sensorielle, ou bien fantomatique à vrai dire. Un peu à la manière d'un Listening Mirror entre autre. Le processus va d'ailleurs s'intensifier sur le morceau suivant, particulièrement inquiétant. Cette fois, Brume est seul, et nous aussi d'ailleurs. Une voix se fait entendre, peut être la notre, car on ne sait plus vraiment. Sortie de nul part, elle vient comme nous hanter à des moment stratégiques, dans le but de maintenir cette tension qui nous scotche littéralement. Pour le coup, entre la lumière et l'ombre, je pense que l'orientation est claire et nette. The simple way s'étale sur 5 chapitres homogènes, parcourus à divers moments de rythmiques jazzy et autres expérimentations. Egalement inspiré de l'ouvrage " A year to live " de Stephen Levine qui met en tension les principes de vie et de mort, la vision du français est donc naturellement différente des premiers morceaux.

2 visions d'un même concept, 2 tueries, 1 album à ne pas manquer.

Have Faith!

(/!\ Le lecteur s'enclenche au 2ème morceau)


lundi 3 décembre 2012

Djorvin Clain - Pattern of Thought (SSCD12 - Silent Season) 2012



Pattern of Thought s'exprime dans une langue de croyants.


Profitons une nouvelle fois des ressources du plat pays en stoppant notre escale du côté de Courtrai avec Djorvin Clain, qui officie depuis déjà quelques années dans la sphère techno/ambient. Pour faire simple. Si l'univers du belge vous attire, sachez également qu'il se fait connaître sous le pseudonyme Drona Orchestry, alter-ego sous lequel il a sorti son premier album en octobre 2011, et sur lequel nous pouvions d'ores et déjà entrevoir un attrait pour les enregistrements en extérieur. Toujours dans cette optique, Pattern of Thought s'oriente néanmoins vers des productions techno solides, bien qu'étant bâties comme une façade, à mon humble avis. Comme si ce n'était finalement pas tout à fait le fil conducteur de cet album, qui pourtant scinde les deux genres et les enchaînent à tour de rôle à égalité parfaite. Pour être honnête, c'est avec 6 mois de retard que j'ai découvert la galette, et c'est son caractère tout à fait particulier qui me pousse donc à entamer ce blabla.

Intro. Les esprits s'affairent, les masses se frottent et les matériaux se frôlent, s'entrechoquent et s'ébranlent dans une ambiance crépusculaire d'entrepôt qui se réveille et se dégèle peu à peu. Un matin comme un autre, grisailleux, au thermomètre se hissant péniblement au dessus de 0. Et là, les machines se remettent en route. Structured Signature captive malgré son apparence aride. Kick aux textures terreuses, mais au fonctionnement bel et bien mécanique, voire architectural si l'on suit l'intitulé du morceau. Structure solide, mais paradoxalement bancale, sous des faux airs de Frank Gehry et sa "maison qui danse", propulsant le morceau en dehors de toute binarité mathématique propre au modèle conventionnel techno. Cela ne se joue  pas à grand chose certes, mais nous sommes là, devant ce fait accompli, contemplant les nappes hallucinées d'arrière plan qui nous sirotent avec leurs grandes pailles de velours. Des effluves dub techno se font sentir ci et là, à travers le somptueux Ussim et peut être plus distinctement sur Enigma. Un disque froid, triste, organique, embelli par l'ajout de quelques captations d'ambiances sonores environnantes (field recordings, reel to reel tape). Organique oui, pleinement, car outre les grondements orageux d'un Deep Storm pris sur le vif, c'est avec des titres tels que The Untitled one ou Somewhere (un poil moins triste que les autres) que le belge parvient à nous retourner les tripes. Termes plutôt propices, puisque les sonorités employées semblent comme émaner d'un estomac en activité. A la fois rond et liquide, les cymbales venant remplir leur fonction de sucs gastriques, ce voyage là se veut purement interne. Une " mer à l'intérieur " via laquelle les pulsations cardiaques jouent les phares d'Alexandrie. Tout aussi pénétrant, Kajimeara revient à l'essence même de l'album, du moins à son commencement. Mécanique mal huilée, vapeurs étouffantes des moteurs, hangar rongé par la rouille, et une rythmique inflexible.
Difficile de manquer Never Forgive. Morceau plus démonstratif que ses camarades, cette ambient là est introvertie mais touchante, lisse et cotonneuse, un véritable déchirement une fois terminée. L'épopée tire finalement ses rideaux sur un Dark Modernity taillé dans le granit, l'émotion s'en est allée.

S'approchant de près ou de loin d'un Stephan Bodzin ou flirtant avec la techno expérimentale et marbrée d'un Shifted (je le sors tout le temps celui-ci je sais), pouvant rivaliser avec les pépites ambient signées 12K,  Djorvin Clain nous a cuisiné quelque chose de sérieux. Les ambiances tantôt oniriques, tantôt organiques ou pré-cycloniques sont amenées de telle manière que le CD se laisse écouter tout seul, avec un plaisir décuplé à chaque lecture. Immense!


Have Faith

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Quelques tracks sont disponibles à l'écoute sur le soundcloud de Silent Season, et un preview est à disposition sur le bandcamp du label:




samedi 24 novembre 2012

Ynoji - Quemira (xpl011 - Xtraplex Records) 2012



Promesse tenue. Xtraplex n'en fini plus d'étonner, plus encore à chaque nouvelle sortie. Ayant bifurqué vers des sentiers plus expérimentaux le temps d'un Kshhhk il y a de ça quelques mois (d'ailleurs chroniqué au sous sol, les clés de la cave sont ici), la toute jeune structure basée à Gand et menée par Laurentz Groen fait son grand retour, arguments solides en poche (et en bonus, pour les intéressé(es) qui souhaitent en savoir un peu plus, une interview du big boss est toujours disponible du côté d'IRM). C'est donc le beatmaker Ynoji qui prend le relais, déjà auteur de l'excellent NIÑA, partiellement (totalement?) différent du Quemira aujourd'hui à l'honneur.

Lucian Ditulescu de son vrai nom a semble-t-il métamorphosé sa manière de produire, ou du moins sa propre perception de l'électronique, moins d'un an à peine après son précédent et tout premier opus. Naviguant désormais dans des fleuves jazzy relativement sombres, flirtant parfois avec le hip hop, ce nouveau bijou en aura surpris plus d'un. Une fois de plus il faudra souligner le travail accompli autour du sound design. Ce gars là semble avoir compris l'essentiel : pour mettre des grandes claques dans la tronche, la vitesse du bpm ou des kicks à triples mentons ne sont pas forcément nécessaires. Lorsque Recrio en arrive enfin au vif du sujet, les membranes de nos enceintes semblent comme prises de paniques, nous avertissant d'une implosion imminente. Les sonorités sont par ailleurs toujours fouillées et arrangées avec soin, nettoyées avec une minutie digne d'un réseau souterrain d'hyménoptères. Avec si peu d'expérience, difficile d'imaginer ce que cela donnera d'ici quelques années. Une chose est sûre néanmoins, Ynoji n'en a pas fini avec nous.

Encore une fois doublé d'un visuel estampillé Han Leese, la production étonne d'emblée par l'assortiment de beats qu'elle nous offre. Un certain exotisme vient envelopper ce Quemira d'un voîle mystique et franchement jouissif, venant se glisser à la suite du gargantuesque drumkit d'un Roma susceptible de filer la pêche à n'importe quelle gueule de bois lors d'un dimanche après-midi grisâtre. Ethnique, électrique, éclectique, liste non-exhaustive, autant d'attributs réunis en 30 minutes de rouste implacable, où les chemins de traverses sont sillonnés avec respect des partis puisqu'au final cette macédoine là glisse comme un pet sur le verglas. Souvent, le glitch est mis de côté, reste toutefois présent mais l'accent est placé sur le soundscaping qui tire la galette vers des perceptions plus cinématographiques au gré de la progression des morceaux. Polegar et ses doux airs lointains en sont le parfait exemple. Une franche réussite de ce côté là, et des autres aussi d'ailleurs. Alors que l'on pensait à ce stade avoir cerné l'étendue de l'univers tout fraîchement dessiné, l'individu nous prend une nouvelle fois à contre-pied avec Melhorar: son introduction aux allures d'Isam, son drum dévastateur solidement soutenu par une mélodie entêtante amenant finalement le morceau à lorgner vers une certaine forme d'Abstrackt Keal Agram carrément épique.

Ynoji réussi donc un coup de maître en faisant évoluer son univers avec brio. Xtraplex consolide son image de label électro de l'année. Nous nous arrêterons sur lui d'ici quelques mois à l'occasion d'un ambitieux projet à venir (ambitieux au vu de la renommée du blog). En attendant cela, festoyez comme il se doit et dégustez ce chef d'oeuvre en écoute complète, que vous pouvez soutenir à hauteur de la somme que vous souhaitez.

Have Faith!



dimanche 18 novembre 2012

Talvihorros/Ekca Liena - Swarms with Swarms (TQA026 - TQA) 2012




Lorsque deux monuments de l'ambient/drone choisissent de s'associer le temps d'un split, difficile de passer à côté de ça. À ma gauche, le poids lourd Ben Chatwin, Talvihorros pour les accoutumés, qui publiera dans quelques jours son nouvel opus "And it was so" sur la structure Denovali. À ma droite, pour la troisième fois dans nos pages, nous retrouvons le très productif Ekca Liena qui s'affaire aux trois dernières pistes. Ne tergiversons pas des années là dessus, ce Swarms with Swarms est une gigantesque réussite.

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Sombres recoins d'un site industriel délabré, raffinerie désaffectée, plate forme pétrolière. Un crépuscule pesant s'installe, c'est en apparence un univers dépourvu d'âmes que laisse suggérer l'ouverture, le bruissement des métaux, les plaintes de l'acier, les projections organiques diverses s'inscrivent progressivement dans l'atmosphère jusqu'à en ressentir les symphonies mélodieuses subtilement jouées par les esprits à l'ouvrage. Affairés ici et là, ces spectres rugissant recréent une nébuleuse semblable à un idéal qui semblait à jamais perdu. Ces formes volatiles semblent vous conduire jusqu'au sommet de ce lieu, cet imposant édifice, symbole de la grandeur de l'homme, petit à petit repeuplé de forme fantomatiques aux allures animales. Celles-ci vous approchent, félidés constitués de matériaux carboniques rayonnant aux couleurs de la nébuleuse qui s'étend jusqu'au loin comme un drap aux couleurs du spectre lumineux, se reflétant de mille feux sur un vaste océan aussi brillant, que bleu, désormais incandescent. Des chants emplis de lamentations, d'émissions sonores animalières totalement irrégulières, c'est une fable féerique, un avertissement de la nature qui ne saurait être perçu par des oreilles communes dont l'envie, l'avidité n'auraient laissé aucune place à l'empathie ou à la bienveillance.

L'ambiance, ce rêve, infini, nous transporte, à en perdre toute temporalité. Un bruit sourd lointain, une pluie battante? L'incandescence un moment retombée, au sommet de cet amas métallique un léger brouillard persiste, des remous, des variations, une transition lente, paisible perdure, ponctuée par les sons de cloches émis par les bouées de navigation. Un banc, une nuée de créatures volatiles et amphibies s'agitent aux loin. Leurs chants portent jusqu'à vos oreilles, les vagues s'agitent, le vent jusqu'alors d'un calme fascinant décuple sa force, redouble d'intensité, la mer s'agite et l'écume des vagues semble attaquer la plate forme dans son intégralité, un train sorti des abysses vient perforer les masses rocheuses émergeant des profondeurs. La structure toute entière vacille, comment s'en sortir, sinon en s'accrochant à quelques rambardes dont la solidité a été altérée par le fracas on ne peut plus violent de ce qui apparaît comme un déluge assourdissant. Hasard ou chance prononcée, la vaste étendue d'eau semble vouloir retrouver peu à peu la normale. Laissons les éléments en paix, car en paix, les éléments nous laisseront.

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Plaies ouvertes et peau en lambeau, les séquelles sont lourdes, le bonheur est quant à lui paradoxalement immense. De l'épique introduction éponyme jusqu'aux dernières émanations de cordes de Delatinised, les morceaux nous saisissent à la gorge et confirment une fois de plus la virtuosité des deux accolytes.

Have Faith!


-Trebmal-



jeudi 8 novembre 2012

D.Rhöne - Chapt​.​I (Self Release) 2012



Anesthésie générale ou profonde méditation, balance équitable au terme des 66 minutes enivrantes au possible de ce Chapt.1, premier album du projet D.Rhöne qui n'est autre que l'alter ego de Mathias Van Eecloo, dont le main project Monolyth and Cobalt vous parlera peut-être davantage. Beaucoup plus conceptuel, mais également empli d'un minimalisme certain, les longues plages gratifiées du dénominateur commun " Arcane " laissent place à un presque-silence balayant les 5 phases avec une harmonie lénifiante.
Les restrictions instrumentales (volontaires bien entendu) permettent de bâtir un espace sonore gigantesque, accru par quelques rares effets étendus sur la longueur, fondus avec extrême délicatesse.

Ecoute au casque préconisée. Il va sans dire que les lieux dépeints ne sont pas aisément abordables, la seule condition étant d'allonger le bras, puis de laisser le flux gorgeant l'intraveineuse faire son travail et vous endormir doucement. Le schéma corporel se modifie peu à peu, les perceptions se floutent, l'apesanteur se fait sentir. Et vous êtes là, sourire aux lèvres, appréciant chaque milliseconde de ce moment si unique. Chapt.1, c'est comme revivre cet instant mais s'apercevoir qu'il durera une éternité. Arcane 18.21 fait son entrée sur un assemblage cotonneux d'instrument à clapet libres tout aussi fragile que sa puissance mélancolique pourtant si feutrée. Les doux effleurements de ce qui s'apparente à un hautbois baryton sont d'un charme sans égal, les apparitions ne sont que futilement perceptibles, toujours à fleurs de peau. Le souffle est léger, parfois plus sec, sorte de spasme vrombissant et lisse contrecarrant les textures finement perçantes du clavier à vent. Un grand moment. L'espace est à moitié vide, ou du moins parsemé de brouillard épongeant toutes fréquences sonores se risquant à percer son voile. Quelques exhalations chétives parviennent pourtant à se frayer un timide chemin vers une fascination surnaturelle. Cet album renvoie un sentiment très singulier, celui de ne rien entendre, mais à la fois de percevoir un nombre incalculable de choses en fouillant un tant soit peu.

Pour cette fois, nul besoin de s'étendre davantage, l'album en dit déjà assez malgré son air taciturne. Expérience onirique et unique en son genre, très fortement conseillée pour qui adule les poupées russes. Le réveil sera dur mais comblé de révélations, frustrant mais laissant quelques séquelles inoubliables. Version CD limitée à 50 exemplaires.

Have Faith!